Cousues à la main ou présentées en édition, thermocollées ou imprimées en affiches, des phrases envahissent les murs et se reposent au sol. Elles se glissent aussi dans des calendriers et des assiettes, ustensiles du quotidien devenus socle d’une poésie imagée. Dans sa pratique éditoriale et plastique, Jérôme Wieder entrelace le texte à son support. À la fois médium et matériau, son écriture nous déplace et nous invite à entretenir une relation active aux mots. Chacune de ses œuvres interroge ainsi notre réception. Où se posent les yeux des lecteur·ices ? Sur la forme des lettres, leurs significations lorsqu’elles sont assemblées, les couleurs vives qui les encadrent ou les objets qui les avalent ?
Si le graphisme et la typographie informent nos regards, un enjeu demeure pour l’artiste : celui d’être lu. Pour se faire, il cartographie des « repères·aires », balises symboliques pour s’orienter dans le ciel, dans la page et en-dehors, et il nous guide vers une bibliothèque imaginaire. Jérôme Wieder est un tisseur de mots. Il travaille la maille épaisse d’histoires ancestrales, en investissant, souvent avec humour, des croyances populaires comme l’horoscope ou en détournant le mythe de Pénélope, métamorphosée en héroïne rusée, qui en découd avec les hommes. Ces réécritures sont le lieu d’expérimentations formelles. Si la métaphore du textile s’impose par son lien étymologique prégnant avec le texte, le tissu est également de plus en plus présent dans ses pièces. Tapis en tufting, banderoles ou cadres en crochet… L’artiste trace ses récits grâce au fil et déploie sa pratique sur le temps long. Un temps qui s’étire comme une narration qu’on ne cesse de prendre et de déprendre. Luce Giorgi
Critique d’art et éditrice indépendante, Luce Giorgi travaille entre Marseille, Paris et Corti. Diplômée de Sorbonne-Université en philosophie et en histoire de l’art, elle poursuit ses réflexions autour des pratiques documentaires et performatives, qui questionnent notre rapport au réel et au langage. Ses recherches portent sur la stratification des récits et s’attachent aux narrations alternatives et écologiques, avec une attention particulière portée aux lieux qui les façonnent. D’origine corse, elle fonde la revue poétique l’ochju, un cycle de réflexions sensibles sur l’insularité, réunissant des artistes insulaires et continentaux autour de thématiques liées à la mémoire, à la transmission et aux rituels.
