Armand Louet
par Henri Guette
Dans le cadre de notre dispositif de soutien à la jeune création PÔLE POSITION, nous accompagnons quatre artistes récemment sortis d’une des trois écoles supérieures d’art de la région. Pour la troisième fois en 2026, Seize Mille a commissionné à quatre auteur·rices et critiques d’art, l’écriture d’un premier texte portant sur leur démarche. Après un an d'accompagnement comprenant une bourse, deux expositions et un temps de résidence, ce texte donnera aux lauréats un atout supplémentaire pour communiquer sur leur pratique.
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Oreille interne

Parfois alors qu’il enregistre en bord de village, le passage d’un avion se superpose au chant d’un oiseau. Armand Louet recherche ses coïncidences comme lors de ses concerts live où il superpose les stridulations des insectes avec la constance de rouages mécaniques. Au-delà du clivage nature-culture qui a structuré si longtemps la pensée et les représentations occidentales, il cherche à en rendre sensible les intrications. Espèce opportuniste, l’artiste qui aime utiliser l’image du corbeau qui fabrique son nid avec des cintres métalliques travaille avec tous les matériaux à sa portée. Si dans ses premières œuvres, il aimait à suggérer le vivant par la déformation de métaux trouvés sur les chantiers, en utilisant des rebuts, il pratique aujourd’hui l’hybridation. Le vivant se nourrit en effet d’accidents, s’adapte et creuse son sillon et ainsi il suggére des champignons en associant la cire de rayons de ruche avec des fils de fer utilisés dans les vignes. En partant de l’architecture, qu’il imagine peut-être déjà ruinée et envahie de ronces, il déploie des environnements où le son déplace la façon de percevoir. Il peut s’agir de faire prendre conscience au visiteur des déplacements d’autres espèces en les emmenant dans une “coulée”, il peut aussi s’agir de lui rendre audible des présences et processus, comme la sénescence des arbres, qu’il ne soupçonne pas, microscopiques, souterrains, internes. Le travail d’Armand Louet, parfois intéractif, invite à prendre le temps : il joue des échelles, ouvre des mondes et œuvre comme une caisse de résonance. Les bruits amalgamés participent ainsi à révéler un chant du monde, une musique concrète que l’artiste associe à des souvenirs d'enfance et de plus en plus à des images quasi mythologiques. Les différentes collaborations auxquelles il prend part appuient aussi une veine de plus en plus narrative, manière d’explorer une strate supplémentaire et des embranchements plus spéculatifs.
Henri Guette

à propos de l'auteur(e)

Critique d’art et commissaire d’exposition, Henri Guette arrive à l’art contemporain en s’intéressant à la poésie contemporaine et plus précisément au rapport de Charles Pennequin à la performance. Membre de c-e-a et de l’aica, il travaille par le prisme de la littérature en accordant aux langages et aux récits une attention particulière. Diplômé du Master «L’art contemporain et son exposition» (Paris IV), il développe un travail de recherche sur les liens entre art et littérature qu’il donne à voir par différentes contributions dans la presse écrite  ou dans des podcasts. Passé par différents postes comme chargé de programmation pour le Festival International du Livre d’Art et du Film de Perpignan, chargé de projets culturels pour l’Université de Lille où il coordonnait les résidences artistiques et une partie de la programmation, il développe aujourd’hui son activité de commissaire d’exposition au sein de l’association Fernrohr, en travaillant à l’adaptation d’un cycle de romans de Jules Verne parmi lesquels Le Rayon vert qui lui permettent d’utiliser la fiction comme un espace de rencontres. Soutenu par le cnap en 2023-2024 pour un an de recherche à la Cité Internationale des Arts, il développe le projet curatorial des Stationnaires en parallèle du cycle du Château Hermétique qu’il crée avec le Centre d’art contemporain Parc Saint Léger à Nevers: deux façons d’appréhender les espaces à vivre. 

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