Chloé Ferrer
par Laëtitia Toulout
Dans le cadre de notre dispositif de soutien à la jeune création PÔLE POSITION, nous accompagnons quatre artistes récemment sortis d’une des trois écoles supérieures d’art de la région. Pour la troisième fois en 2026, Seize Mille a commissionné à quatre auteur·rices et critiques d’art, l’écriture d’un premier texte portant sur leur démarche. Après un an d'accompagnement comprenant une bourse, deux expositions et un temps de résidence, ce texte donnera aux lauréats un atout supplémentaire pour communiquer sur leur pratique.
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Chloé Ferrer expérimente des procédés chimiques à partir de matières délaissées et récupérées : coquilles d'œufs, pelures d'oignons et autres plantes, laine de mouton inutilisée, mais aussi rebuts industriels ou objets médicaux. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme(*), dans la matière comme dans les cycles de la nature. L’artiste puise ainsi dans ce qu'on oublie ou perd : les objets, mais aussi les histoires et les symboles. Entre ses mains, des figures oubliées sont restaurées : des animaux géologiques, des dieux et leurs sombres histoires, des emblèmes comme le serpent, dont le poison peut aussi bien tuer que soigner. Elle convoque les légendes qui expliquent notre monde, mais aussi sa mythologie personnelle, comme celle de sa grand-mère résistante, femme longtemps décriée puis reconnue sur le tard, dont l'artiste veut, par son art, perpétuer l’héritage et faire vivre le souvenir. En fabriquant et en transformant, Chloé Ferrer réhabilite un patrimoine/matrimoine, fait renaître des corps absents et brouille les frontières entre organique et minéral, vivant et inerte. Elle mêle et travestit les éléments, comme des traces d’oxydation ou de l’encre de tatouage périmée et injectée dans du latex, qui prennent l’apparence du sang. Procédant d’une forme d’alchimie, ses œuvres réactivent des mémoires, renversent nos représentations du monde et ouvrent ainsi, à travers des gestes de conservation et de soin, la possibilité de nouvelles formes de coexistence entre les êtres, les matières et les récits.


(*) D’après la formulation du chimiste Antoine Lavoisier dans son Traité élémentaire de chimie, Paris, Cuchet, 1789 : « car rien ne se crée, ni dans les opérations de l'art, ni dans celles de la nature, et l'on peut poser en principe que, dans toute opération, il y a une égale quantité de matière avant et après l'opération ».

à propos de l'auteur(e)

Laëtitia Toulout est critique d’art indépendante, membre de l’AICA (Association internationale des critiques d’art) et chargée de projets culturels à la Maison de l’Architecture Occitanie - Pyrénées à Toulouse. Elle écrit pour des revues, des artistes et des structures et est notamment membre du jury du Prix littéraire Écrire la Ville. Elle a travaillé à faire rayonner la programmation artistique de diverses institutions culturelles telles que l’Institut des Cultures d’Islam à Paris, les ateliers Astérides à la Friche la Belle de Mai à Marseille, le Frac Centre-Val de Loire et la Biennale d’Architecture d’Orléans.

 

Par l’écrit et la mise en œuvre de projets, Laëtitia Toulout cherche à soutenir et diffuser la création contemporaine, en accordant une réflexion particulière aux approches à la fois poétiques et militantes qui permettent d’envisager d’autres possibles pour notre monde actuel et futur.

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