La genèse de mon travail prend corps dans mes déplacements à pied, où j’arpente au temps court comme au temps long, différents lieux et itinéraires. La marche est abordée comme geste esthétique et politique, constitutive de nouveaux imaginaires, de nouvelles images et de nouvelles formes. Il s’agit d’opposer les valeurs néolibérales de vitesse, de rendement, d’efficacité, de performance et de destruction du vivant, à un geste anachronique et subversif de résistance porté par la marche dans tout ce qu’elle revêt de lenteur, de disponibilité, d’observation, de silence, d’inutilité et d’improductivité au sens capitalistique du terme.
Ainsi, par l’implication de mon corps arpenteur d’espaces, je cherche à rencontrer l’ineffable, l’invisible ou l’oublié, en détournant le spectre de l’attention collective porté sur les lieux de nos traversées quotidiennes. Je concentre mes recherches sur les liens tissés de manière visible ou invisible entre les corps humains, les lieux qu’ils habitent et ce qu’ils contiennent.
À la recherche de ces charnières communes, j’observe la porosité résiduelle de ces liens et la matérialité de leur existence, en effectuant des collectes que je redéploie ensuite en élaborant des dispositifs de monstration qui s’inscrivent entre sculptures et installations.