Dans ma pratique, principalement sculpturale, surgissent des créatures dont les formes évoquent autant les gargouilles que d’autres chimères architecturales, du pied de colonne à la gueule monstrueuse des fontaines publiques. Des personnages apparaissent pour habiter pleinement de nouveaux espaces.
Dans cette dynamique, je glane, récupère ou rejoue des éléments architecturaux, mobiliers ou décoratifs, qui deviennent parties prenantes du corps de la sculpture. Des créatures composées d’acier, de cire ou de céramique s’entrelacent à des chaises et des tables. Les masques anthropomorphes qui ornent les jardinières devant l’atelier se déplacent et prennent vie sur un squelette d’acier, tandis qu’un groupe de personnages tente maladroitement de se stabiliser, fermement accroché à leurs étendards.
Le modelage prend ainsi une part importante dans mon travail : avec lui, je transforme et redéfinis mes influences ; il me permet une grande liberté dans les formes et les postures que prennent les sculptures.
Avec le temps, ma famille de sculptures laisse entrevoir une narration, une fable qui se construit avec ces personnages, ces lieux et ces éléments récurrents. C’est un travail qui, de plus en plus, se conçoit comme un environnement global, jouant des échelles, entre maquettes et architectures. Il y a un déploiement des formes dans l’espace : un espace d’habitation progressivement envahi, grignoté, modifié, exacerbé et parfois théâtralisé. Dans mon esprit, de longs drapeaux ne flottent plus par la fenêtre, mais se déploient à l’intérieur de la maison pour devenir un abri, un lit pour les sculptures qui dorment profondément dans les replis du tissu. Les objets mobiliers se parent d’excroissances ; la matière dégouline des lampes pour envahir l’espace intime, de la cuisine à la chambre, de la cave à l’atelier.
Les choses sont extraites du quotidien et prennent place au cœur d’environnements à la frontière de l’onirisme et du réel.